Dès mes premiers pas sur le terrain, je dois répondre pour 80% des cas aux aléas de fonctionnement de ces « drôles » de machines. Certes, les dysfonctionnements ne manquent pas, tandis que s'ajoute la pression d'une montée irrépressible des TICE.

Ensuite, une nouvelle mission à temps plein et pour une période de trois ans m'installe un peu plus profondément au cœur de cette pratique. Il s'agit aussi de couvrir un territoire équivalent au tiers du département : répondre aux appels des usagers du monde éducatif sans perdre de vue qu'il s'agit avant tout de faciliter et surtout d'inciter les enseignants à utiliser cet outil à vocation de plus en plus pédagogique. Il s'agit donc d'abord de libérer l'usager des contraintes imposées par le matériel et de ses logiciels pour qu'il puisse se tourner résolument vers la seule pratique des usages des TICE. Aussi, je considère que ma mission apporte d'ores et déjà une réponse à caractère pédagogique.

Toutefois, cette approche "techniciste" ne suffit pas, il s'agit aussi de transformer l'outil en instrument. Le rendre apte à remplir une fonction bien spécifique dans l'école, la classe, au service de l'élève et de l'enseignant. Une machine fraîchement déballée, bien que fonctionnelle, n'est pas conçue pour un usage professionnel. On s'oriente alors plus spécifiquement vers une adaptation pédagogique des postes.

Conjointement, l'usager en vient ensuite à vouloir partager. C'est normal. Aussi, la machine s'adapte, devient mobile, communique et se pourvoit même d'un certain « sens » du toucher : c'est la naissance de la tablette tactile. Que de progrès en si peu de temps ! Jamais, nous n'avons été aussi proche des nuages... je pense au cloud computing :-), évidemment. Or, dans les faits, sur le terrain, qu'en est-il ?  

1. Hétérogénéité des matériels

Nous sommes confrontés à une invraisemblable diversité de matériels. Il n'est pas rare qu'un « ordinosaure » de plus de 10 ans d'âge partage l'espace de la dernière machine flambant neuve « toutes options » parée pour la création 3D du dernier film de Spielberg.

Sinon, plus raisonnablement, beaucoup de machines sont proposées aux écoles sous forme de don. Et c'est bien. Toutefois, ne perdons pas de vue qu'une école n'est pas une déchetterie et qu'une sélection rigoureuse s'impose.

Mais à contrario, doit-elle pour autant se plier aux lois impérieuses du marché et de la surconsommation ? Le secteur éducatif attire de plus en plus les convoitises. A nous d'être vigilants. Là encore un juste milieu va de soi.

Aussi, faut-il systématiquement changer de machine pour installer la nouvelle version d'un système d'exploitation ?

La classe mobile équipée de portables ou d'ultra-portables remplace les tours. Le matériel change. Les usages évoluent. L'utilisation de l'ordinateur dans la classe remplace la séquence initialement prévue dans la salle informatique.

Alors, pourquoi faut-il systématiquement changer de système d'exploitation si j'ajoute ou remplace un poste ?

2. Encrassement du système d'exploitation

Windows a pour fâcheuse habitude de prendre de l’embonpoint à chaque démarrage. Et c'est la relance fréquente des collègues enseignants : « Il me faut un quart d'heure pour accéder à mon traitement de texte, peux-tu me nettoyer cet ordinateur ? »

Existe-t-il un système à la fois stable et suffisamment propre pour se satisfaire de ses ressources d'origine ?

L'énergie réclamée pour la chasse aux virus, spywares et parasites de tous poils, toujours plus nombreux, effondre les ressources mémorielles de la machine.

Existe-t-il un système d'exploitation suffisamment étanche à ce type d'intrusion ?

3. Activisme effréné chez Microsoft

Quel enseignant, n'a pas entendu cette question d'un élève : « l'ordinateur me pose une question, qu'est-ce que je réponds ? »

En effet, après chaque démarrage, on assiste parfois à un véritable harcèlement : demande impérieuse de mises à jour du système d'exploitation, de l'antivirus, des logiciels du constructeur de la machine, sans oublier toutes les sollicitations à s'inscrire, etc. Et considérons-nous heureux de ne pas assister, impuissants, à l'inlassable crépitement – sans raisons apparentes – du disque dur qui s'achève par le redémarrage intempestif de la machine qui a décidé, derechef, de n'en faire qu'à sa tête.

Existe-t-il un système suffisamment sage pour me laisser prendre les commandes ?

4. Réinstallation chronophage

Patatras ! C'est la panne, majeure... de celle dont on ne peut venir à bout qu'après un nombre incalculable d'heures de recherche et de tasses de café. Alors, n'en pouvant plus, on ré-installe TOUT. Et c'est la galère du CD ou DVD qu'il faut trouver, la recherche frénétique des drivers sur le site du constructeur quand ils existent encore. Mais, un technicien peut le faire me direz-vous ? Certes, mais combien va-t-il facturer cette indispensable reconfiguration des sessions et la réinstallation complète des logiciels. On peut y passer la demi-journée, tout en se disant que si on ne le fait pas, qui le fera alors ?

Existe-t-il un système qui rapidement s'installe et réinstalle TOUT ?

5. Pléthore de logiciels souvent inutiles

Un vaste choix de logiciels pédagogiques nous attend sur la toile. Ils sont de plus en plus nombreux mais aussi souvent payants. Plutôt séduisants, mais beaucoup restent peu adaptés pour un usage strictement scolaire, il s'adressent, en fait, à un large public. Le protocole d'installation n'est pas toujours facile à suivre pour le néophyte tant les options d'installation sont nombreuses et souvent inutiles (exemple du choix du répertoire d'installation). Les mises à jour coûteuses aussi en temps, doivent se faire un logiciel après l'autre. Chacun réclamant une expertise particulière qu'il convient donc de maîtriser. De plus, le foisonnement anarchique des multiples installations entrave le bon fonctionnement de la machine. Alors prenons le temps de la réflexion pour troquer un peu moins de quantité pour un peu plus de qualité.

On peut d'ailleurs s'interroger sur l'utilisation de ces ressources numériques. Certes, nous n'en débattrons pas ici. Toutefois, à l'école primaire, l'outil informatique constitue, déjà en lui-même, de part son appropriation, l'acquisition de compétences fondamentales (cf : Palier2 - Compétences 4 - Maîtrise des T.U.I.C.).  Cette préparation est indispensable pour une bonne utilisation de ces ressources numériques au collège et enfin au lycée.

Interrogeons-nous aussi sur les réels besoins en ressources numériques, d'une école d'aujourd'hui. A titre d'exemple, il paraît difficile de remettre encore en cause l'utilisation du traitement de texte ou du navigateur internet tant celui-ci met à notre portée ces précieuses ressources via un ENT par exemple mais aussi la quasi totalité du contenu du cyberespace.

Aussi, faut-il que j'installe localement et immédiatement le plus de ressources possibles ?

6. Réseaux et partages

A l'école primaire, un enfant ouvre ou enregistre son document dans un répertoire personnel. En quoi devrait-il se demander si ce répertoire est hébergé en local, dans un NAS ou tout autre serveur. La démarche qui consiste, après coup, à transférer son fichier du poste local au serveur de fichiers n'a rien d'un acte pédagogique. Il serait bon de pouvoir se passer du passage obligatoire par le voisinage réseau et que la manipulation des fichiers se fasse en toute quiétude et transparence.

Quel système peut offrir une configuration aussi ergonomique des accès au réseau et  partages  ?

7. Sessions et comptes utilisateurs

La gestion des comptes utilisateurs se révèle être un échec dans le premier degré. Cela tient à plusieurs facteurs :

Cette gestion réclame un compte par élève et enseignant, d'où la nécessité de tenir continuellement à jour cette base des utilisateurs. Qui, dans l'école, accepte la fonction d'administrateur du serveur ?

La culture du premier degré est fortement  enracinée par le concept de "classe". Il est préférable pour l'enseignant de pouvoir rapidement accéder au répertoire de sa classe plutôt que d'ouvrir chaque session pour accéder aux documents de chacun de ses élèves.

Le passage obligé par la conventionnelle fenêtre de connexion se révèle aussi comme un obstacle pour les petites classes. L'absence du clavier numérique ou de visibilité du mot de passe, occasionne de nombreux ratés à l'ouverture de la session.

C'est pourquoi, à mon avis, l'intégration à un groupe est préférable à celle du domaine.

Quel système va pouvoir me garantir une telle souplesse de fonctionnement ?

8. Protection des mineurs

Elle est indispensable. Des solutions existent, mais peu méritent notre attention et sont à même de garantir une sécurité suffisante. Pourtant, notre académie propose une solution de qualité et des plus efficaces. Un emprunt au monde du logiciel libre du couple Dansguardian + Squid. Mais cette efficacité se paie en retour par un manque de souplesse dû au fait que l'enseignant ne peut accéder directement au paramétrage du serveur qui héberge cette solution. Souvent, des pages sans dangers apparents sont bloquées. La prise en charge d'un tel système par le serveur de l'école permet in situ un meilleur contrôle du filtrage.

De plus, la simple déclaration du proxy dans le navigateur internet par la sélection d'une option manque de sécurité. Au mieux, un enseignant excédé, ou au pire, un élève averti peut, par cette simple manipulation supprimer, en un clic de souris, ce passage normalement obligé par le proxy... et tout simplement oublier de le réactiver !

Or, est-il possible d'intégrer cette solution, en local ou via le serveur de l'école, en toute sécurité ?

En conclusion

Après avoir testé de nombreuses distributions, je n'ai pas trouvé celle qui me convenait. Pourtant parmi elles, quelques unes sont remarquables. Mais je devais répondre à un cahier des charges assez strict. Aussi, il ne me restait plus qu'à relever ce défi et concevoir ce système qui puisse, en tout point, répondre aux questions posées.

Remerciements

Je tiens tout particulièrement à remercier mon épouse Corinne, enseignante et directrice d'école ainsi que mes collègues de l'Ecole du Numérique qui par leur soutien ont su m'encourager tout au long de l'élaboration de ce projet... et plus globalement à cette communauté de personnes pour qui le développement du logiciel libre prend toute sa raison d'être au cœur d'un réel partage.